Julia - Peter Straub

Publié le par MDV




Sujet délicat que celui des fantômes dans la littérature d'épouvante. A côté de chefs-d'oeuvre comme "Le Tour d'Ecrou" de Henry James, "Maison Hantée" de Shirley Jackson, "Les Pirates fantômes" d'Arthur Machen ou encore, dans le genre nouvelle, "L'Accident" et "La Limousine Bleue" de Ann Bridges, on croise le plus souvent des couacs sinistres, y compris chez des auteurs universellement reconnus comme Richard Matheson (cf. "La Maison des Damnés").

La bonne histoire de fantômes est celle qui autorise deux, voire trois niveaux dans la lecture. Aussi une manoeuvre commune à bien des auteurs est-elle de prendre pour héros ou pour héroïne une personnalité fragile. Si celle-ci émerge à peine d'une clinique soignant les troubles nerveux, c'est l'idéal. Mais, même en l'absence de clinique, il faut des troubles du comportement, une tendance maladive à se réfugier dans des rêves toujours plus agréables que la réalité et, éventuellement, une addiction à l'alcool ou aux stupéfiants.

Et puis, bien sûr, il y a la chute de l'histoire, destinée à déstabiliser un lecteur que l'écrivain, sournois certes mais passé maître en son art, a peu à peu amené à se considérer comme omniscient.

Dans "Julia", Peter Straub matérialise en quelque sorte cette omiscience avec le personnage de Lily, la belle-soeur de l'héroïne. Contrairement à Julia, Lily Lofting a la tête sur les épaules et ne s'en laisse pas facilement conter. Les séances d'occultisme qu'elle aime à organiser autour de la medium Rosa Fludd ne changent rien à l'affaire : Lily n'oublie jamais un seul instant que le monde des esprits se plie lui aussi à un arsenal de règles tout aussi rigides que celles qui régissent les mortels.

Aussi, dès le départ, prend-elle les récits que lui fait Julia sur sa nouvelle maison pour le simple reflet de la dépression dans laquelle l'a plongée la perte de sa fille, Kate, morte des suites d'une trachéotomie pratiquée en urgence par son père et sa mère.

C'est avec une consternation croissante que Lily assistera à la désagrégation vertigineuse de Julia. En vain essaiera-t-elle de la convaincre de regagner le domicile conjugal que la jeune femme avait préféré quitter pour cette maison ridiculement trop grande et située Kensington. En vain essaiera-t-elle aussi de la détourner de l'enquête qu'elle entreprendra sur le drame qui s'était déroulé là trente ans plus tôt : une demi-mondaine, Heather Rudge, avait poignardé à mort sa fillette de dix ans, Olivia.

Mais rien n'y fera. Julia s'entêtera - Julia s'acharnera à se détruire. Le temps d'une soirée ou deux, Lily finira d'ailleurs, sous le coup de la révélation de l'identité du père d'Olivia, par voir dans cette auto-destruction la main désincarnée d'un esprit vengeur. Mais la lettre découverte auprès du cadavre de Lily après son suicide viendra heureusement la conforter dans la certitude de la folie de sa belle-soeur ...

Certitude qu'elle conservera jusqu'à la chute du roman que je vous laisse à découvrir en vous prévenant cependant que "Julia" est loin d'être un grand roman et que son auteur est décidément plus à l'aise dans le bon gros "pavé." Cool

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