La Cour apprend les fiançailles du duc de Chartres et de Melle de Blois.

Publié le par MDV

Réaction de la Cour, immédiatement après que les principaux intéressés fussent revenus de l'entretien avec le Roi qui avait vu celui-ci arracher son consentement à Madame pour le mariage de son fils :

"[...]... Madame se promenait dans la galerie avec Châteautiers [Anne, fille du comte de Châteautiers], sa favorite et digne de l'être ; elle marchait à grands pas, son mouchoir à la main, pleurant sans contrainte, parlant assez haut, gesticulant et représentant fort bien Cérès après l'enlèvement de sa fille Proserpine, la cherchant en fureur et la redemandant à Jupiter. Chacun, par respect, lui laissait le champ libre, et ne faisait que passer pour entrer dans l'appartement [= réunion à laquelle les courtisans étaient tenus de se rendre, certains soirs, de 19 à 22 heures, pour jouer, écouter de la musique, se distraire ...]. Monseigneur [le Grand Dauphin, fils aîné de Louis XIV, qui ne régna jamais] et Monsieur s'étaient remis au lansquenet. Le premier me parut tout à son ordinaire ; mais rien de si honteux que le visage de Monsieur, ni de si déconcerté que toute sa personne ; et ce premier état lui dura plus d'un mois. Monsieur son fils paraissait désolé, et sa future, dans un embarras et une tristesse extrême. Quelque jeune qu'elle fût, quelque prodigieux que fût son mariage, elle en voyait et en sentait toute la scène, et en appréhendait toutes les suites. La consternation parut générale, à un très-petit nombre de gens près. Pour les Lorrains, ils triomphaient. La sodomie et le double adultère les avaient bien servis en les servant bien eux-mêmes. Ils jouissaient de leurs succès, comme ils en avaient toute honte bue ; ils avaient raison de s'applaudir. ... [...]"

Saint-Simon savait se faire vipérin. On notera qu'il ne s'attaque pas nommément à Louis XIV. En fait, il l'attaque par la bande - et avec quelle sévérité ! Le mémorialiste ne juge pas seulement le comportement de l'homme face à sa famille : il blâme le souverain et le politique d'avoir privilégié les princes lorrains, dont le Trône avait pourtant des raisons de se méfier depuis les complots fomentés par les Guise-Lorraine au temps des Guerres de Religion. Et ceci pour satisfaire des intérêts qui lui étaient strictement personnels.

Il y a là faute impardonnable. Pour nous comme pour le mémorialiste.

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