Comment fut captée la fortune de la Grande Mademoiselle. (I)

Publié le par MDV

Autre révélation de la nature intéressée du Roi : la captation de l'héritage de Melle de Montpensier, plus connue sous le nom de "la grande Mademoiselle."

Petite-fille d'Henri IV, elle était fille de Gaston d'Orléans, frère cadet de Louis XIII et, par conséquent, cousine germaine de Louis XIV et de Monsieur. Ses biens étaient considérables : elle était l'une des héritières les plus riches du royaume, si ce n'est la plus riche. Elle avait refusé nombre de prétendants qui, selon elle, n'étaient pas dignes du sang qui coulait dans ses veines. Il faut ajouter que Louis XIV, peu soucieux de voir ses terres passer en des mains étrangères, n'avait pas non plus encouragé ses velléités matrimoniales.

Mademoiselle n'eut en fait qu'un seul amour : le duc de Lauzun, une tête-folle de Gascon qui eut tantôt la confiance absolue du Roi (ce fut Lauzun à qui l'on remit le bébé dont venait tout juste d'accoucher Mme de Montespan pour qu'il le portât discrètement chez Mme Scarron, future Mme de Maintenon) et qui, tantôt, la perdit si bien qu'il se vit enfermé à Pignerol. Après avoir donné son accord pour que sa cousine l'épousât morganatiquement, Louis XIV, sur les instances de Mme de Montespan, se récusa et Mademoiselle dut s'incliner. Dès cette époque, le Roi et sa favorite caressaient le projet de voir la duchesse de Montpensier léguer l'essentiel de ses biens à leur fils illégitime, le duc du Maine.

Mais d'abord, place à Mademoiselle, vue par Saint-Simon :

"[...] ... Mademoiselle, la grande Mademoiselle, qu'on appelait [ainsi] pour la distinguer de Monsieur, ou, pour l'appeler par son nom, Melle de Montpensier, fille aînée de Gaston, et seule de son premier mariage, mourut en son palais de Luxembourg [actuellement le siège du Sénat], le dimanche 5 avril, après une longue maladie de rétention d'urine, à soixante-trois ans, la plus riche princesse particulière de l'Europe. Le Roi l'avait visitée, et elle lui avait fort recommandé M. de Joyeuse, comme son parent, pour être fait maréchal de France. Elle cousinait et distinguait et s'intéressait fort en ceux qui avaient l'honneur de lui appartenir, en cela, bien que très-altière, fort différente de ce que les princes du sang sont devenus depuis à cet égard. Elle portait exactement le deuil de parents, même très-médiocres et très-éloignés, et disaient par où et comment ils l'étaient. Monsieur et Madame ne la quittèrent point pendant sa maladie. Outre la liaison qui avait toujours été entre elle et Monsieur, dans tous les temps, il muguetait sa riche succession, et fut en effet son légataire universel ; mais les plus gros morceaux avaient échappé. ... [...]"

Très férue de ses hautes origines et obsédée par la généalogie et les rangs, la grande Mademoiselle ne pouvait que plaire à Saint-Simon. Il la dépeint en fait comme la dernière princesse du sang digne de ce nom, qui, si elle connaissait ce qui lui était dû, n'en oubliait pas pour autant les devoirs que sa noblesse lui imposait en parallèle envers "ceux qui avaient l'honneur de lui appartenir."

Publié dans Saint-Simon.

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