Comment fut captée la fortune de la Grande Mademoiselle. (II)

Publié le par MDV

Voici maintenant comment et pourquoi "les plus gros morceaux" de la fortune de Mademoiselle avaient échappé à la famille d'Orléans :

"[...] ... Les mémoires publics de cette princesse [la grande Mademoiselle] montrent à découvert sa faiblesse pour M. de Lauzun, la folie de celui-ci de ne l'avoir pas épousée dès qu'il en eut la permission du Roi, pour le faire avec plus de faste et d'éclat. Leur désespoir de la rétraction de la permission du Roi fut extrême ; mais les donations du contrat de mariage étaient faites et subsistèrent par d'autres actes. Monsieur, pressé par Monsieur le Prince [Louis II de Bourbon, dit le grand Condé], avait pressé le Roi de se rétracter ; mais Mme de Montespan et M. de Louvois y eurent encore plus de part, et furent ceux sur qui tomba toute la fureur de Mademoiselle et la rage du favori, car M. de Lauzun l'était. Ce ne fut pas pour longtemps : il s'échappa plus d'une fois avec le Roi, plus souvent encore avec la maîtresse, et donna beau jeu au ministre pour le perdre. Il [Louvois] vint à bout de le faire arrêter et conduire à Pignerol, où il fut extrêmement maltraité par ses ordres et y demeura dix ans. L'amour de Mademoiselle ne se refroidit point par l'absence : on sut en profiter pour faire un grand établissement à M. du Maine, aux dépens de Mademoiselle elle-même et à ceux de M. de Lauzun qui en acheta sa liberté. Eu, Aumale, Dombes et d'autres terres encore furent données à M. du Maine, au grand regret de Mademoiselle ; et ce fut sous ce prétexte de reconnaissance que, pour élever de plus en plus les bâtards, le Roi leur fit prendre la livrée de Mademoiselle, qui était celle de M. Gaston. Cet héritier forcé lui fut toujours fort peu agréable, et elle était toujours sur la défensive pour le reste de ses biens, que le Roi lui voulait arracher pour ce fils bien-aimé. ... [...]"

Impitoyable Saint-Simon ... et rusé, trop rusé Louis XIV qui se livre là, par amour paternel mais tout de même, à de bien curieux calculs de boutiquier. Pour ne rien dire du chantage fait à la pauvre Mademoiselle : "Donnez Eu, Aumale, Dombes et toutes ces terres à mon fils et M. de Lauzun recouvrera sa liberté," plus digne d'un bourgeois que d'un prince dans les veines de qui coulaient le sang des Bourbon et celui des Habsbourg.

Quant à la confiscation de la livrée de Gaston d'Orléans au bénéfice du duc du Maine, il ne s'agit que de l'une des très nombreuses stratégies par lesquelles Louis XIV s'efforcera en vain de faire reconnaître ses bâtards au même rang que ses enfants légitimes.

C'est d'un bon père. Mais est-ce le fait d'un roi qui se voulut le plus puissant et le plus noble du monde ?

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